jeudi 24 janvier 2008
Obsession
(je précise que Jean est un prénom féminin, ici)
Rien à faire. Il ne voulait pas partir. Jean avait essayé tout ce qui était en son pouvoir pour s'en débarrasser ; mais rien à faire : il ne voulait pas partir. On aurait pu le comparer à une sangsue qui s'accroche, ou à tout autre parasite qui est si bien chez vous et qui refuse de quitter la chaleur et l'amour que vous lui avez offerts par bonté dans votre niaise innocence ingénue. Le kilos en trop était là, et il ne voulait pas partir. Rien à faire.
Pire que la mort qui colle aux basques de la vie, le kilos numéro 41 s'était logé dans les hanches et dans les fesses de Jean. L'idiote maxime de son père semblait – hélas – se vérifier : « Quand c'est dans les fesses, ça n'part plus ! » Régimes, franches privations, sport intensif, bains de vapeurs, recettes de grand-mère, Jean avait tout essayé ; elle avait traversé le feu infernal immédiatement suivi par le givre éternel, mais rien à faire. Le kilos 41, alias « l'ennemi », était là, et bien là. Impossible de l'en déloger. Il ne restait qu'une solution à Jean : la liposuccion.
Pinèdes
Voici un texte que j'ai rédigé pour un p'tit concours sur un site, qui s'est finalement vu annulé, vers la moitié de l'année dernière ! ^^ Je mettrai p't-êt' le deuxième...
Annie s'avança. Le médecin lui souriait.
- Nous vous remercions, mademoiselle. Donc, vous avez vingt-trois ans, c'est bien ça ?
- En effet.
- Et les biens que vous nous avez offerts gracieusement sont évalués, en tout, aux alentours de trois-cents mille euros ! C'est une jolie somme !
- Oui, je viens d'une famille bourgeoise.
- Dites-moi, si je puis faire une remarque personnelle...
- Oui ?
- Qu'est-ce qui vous a poussée à suivre cette voie ?
La jeune femme le regarda comme si c'était un ignorant.
- Parce que c'est ce que Dieu veut !
- C'est avant tout notre Président qui vous en a fait part...
- Et alors ? C'est notre Seigneur qui a fait transcrire l'Apocalypse !
- Certes, certes, mais...
- Peu m'importent vos idéaux, mécréant; je suis régie par Dieu, et il est temps d'obéir aux préceptes de l'Apocalypse : nous allons tous mourir pour être jugés là-haut. Mon geste sera accueilli comme sage et respectable; j'aurai une place souhaitable au Paradis.
- Mmh... Si je puis vous demander d'entrer dans cette salle...
Annie regarda l'homme avec hauteur, fière d'elle-même. Dans quelques minutes à peine, elle trouverait le moyen de faire du bien au monde entier.
Elle relut une énième fois le message que tous les Français et Américains -ces imbéciles d'Allemands, Anglais et autres Européens orgueilleux avaient refusé de le faire- avaient reçu quelques jours auparavant :
"Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Nous sommes, en ce jour, près de sept milliards d'êtres humains sur Terre.
Vous m'avez mis au pouvoir, et je vous en remercie; or, je ne suis que l'un des heureux dignitaires du Seigneur.
Allah ou Dieu, je parle au nom de vous tous : l'instance religieuse qui nous dirige a compris le danger de la surpopulation du monde.
En ce jour, et grâce à l'aide de toutes les bonnes âmes, responsables et intelligentes, nous allons obéir à Ses demandes, et amorcer la phase de l'Apocalypse, mais anticipée. Ainsi, le monde verra une quantité de vivants mourir pour monter rapidement au Ciel.
Nous invitons tout le monde à le faire; mais nous conseillons les vieillards ou les reclus, les jeunes à problèmes, les pauvres et les infirmes, les homosexuels et les attardés à venir en priorité.
Des organismes, nouvellement créés, vous attendront dans les principales villes les plus proches.
Vous rencontrerez des ultra-athées et des fous qui vous conseilleront, si ce n'est vous sommeront, de ne pas suivre ce chemin, la qualifiant d'inacceptable ou de folle; ne les écoutez pas.
Nous faisons cela pour le bien du monde entier.
Certains de nous demeureront ici; mais c'est que nous ne pouvons, malheureusement, tous, suivre cette voie.
C'est pourquoi tous les volontaires -même si, je le répète, nous demandons surtout aux prioritaires précités de le faire- seront amenés à se rendre dans tous les Etablissements d'Abandon Divin pour être tués, sans douleur, sans souffrance, dans le calme. Leurs biens et propriétés seront remis à l'Etat qui pourra, grâce à tout cela, réaliser de grandes choses pour le bien de tous.
Vous pourrez peut-être craindre la mort, ou bien avoir peur de vous faire tromper; nous vous assurons que rien de tout cela n'importe.
Votre Eglise vous le dira : le Pape et de nombreux imams, rabbins et autres suivent notre idéal de paix et de bien-être sur Terre.
Votre sacrifice rendra grandement service à énormément de monde, soyez-en sûr.
Je le répète : ignorez ceux qui critiquent cette réforme; ce sont des ignorants irresponsables.
En vous remerciant,
Vive notre Seigneur à tous, vive la République, vive la France.
Votre président"
- Entrez, madame, fit une très belle femme. Nous allons nous occuper de vous très bientôt.
- Dites-moi... (et Annie fut surprise de se rendre compte qu'elle tremblait légèrement) Comment vous-y prenez-vous ?
La secrétaire regarda vers celui qui semblait être son supérieur; celui-ci hocha la tête.
- Eh bien, nous allons vous injecter une quantité importante de morphines, d'adrénaline et de phéromones dans votre corps. Vous vous sentirez ainsi emplie de l'amour de Dieu, et pourrez le rejoindre en toute tranquillité.
- D'accord...
D'un seul coup, Annie commença à douter : qu'est-ce qui lui prenait ? Se permettre de croire que mourir lui apporterait la certitude d'arriver au Paradis... Croire ainsi, de façon aussi naïve...
Tais-toi, s'ordonna-t-elle. C'est notre Seigneur qui nous l'ordonne ! La Bible a écrit que l'Apocalypse arriverait; elle ne fait qu'être anticipée ! Sûrement les humains encore vivants, après, nous rejoindront-ils avec l'Apocalypse, la vraie !
Et si... ? commença-t-elle, mais déjà un homme lui demandait de s'avancer.
- Ne vous inquiétez pas, Mademoiselle, tout ira bien.
- Je m'en doute, pourquoi dites-vous ça ?
- ... vous tremblez...
D'un seul coup, Annie comprit; Annie comprit que les gens mentaient, que tout ça n'était que de la moquerie, que profiter des irresponsables, des naïfs, des simples d'esprit, des faibles, des détruits, des désespérés ! C'était profiter de ceux qui croyaient -qui espéraient pouvoir vivre heureux même après la mort !
C'était profiter de la mort, et de ceux qui en avaient peur : les humains !
C'était un génocide !
...
Pourquoi s'inquiéter ?
Tout allait bien.
Annie sourit, d'un seul coup.
Je vais rejoindre le Paradis, pensa-t-elle alors.
Je vivrai heureuse pour toujours.
Et puis, même s'il n'y a pas de Ciel, c'est pas grave...
Je vais vivre bien... Bien... Tout ira très, très bien...
Le sourire d'Annie s'évanouit; juste après, ses yeux se fermèrent. Puis, rapidement, son souffle s'éteignit.
- Albert !
Le médecin se retourna, avant de recevoir un violent coup dans la mâchoire.
- Espèce d'enfoiré ! le tança la personne qui venait de le frapper -ce qu'elle refit. Comment tu peux faire ça, comment tu peux laisser faire ça ?
- Arrête ! Arrête, Victor !
Albert attrapa les bras de son ami, et le plaqua contre un mur. Du sang coulait de sa lèvre inférieure.
- Espèce de salopard ! Tu laisses les gens crever ! C'est tous des cons ou des faibles, mais tu les laisses mourir quand même !
- Oui, Victor...
- Merde, fais quelque chose, alors !
- Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Que je tue tous les commanditaires ? Que je tente de convaincre les gens par la torture ? Hein ?
- Quelque chose !
Albert sentit que son ami se débattait moins; il se relâcha, prêt à resserrer son étreinte au cas où, mais il vacilla par terre, et se mit à pleurer.
- Quelque chose, juste quelque chose ! Et surtout pas... y participer, surtout pas...
- Mais j'ai pas le choix, merde ! Tu te rends compte qu'ils ont obligé la moitié des médecins du pays à participer à ce truc ? Obligé !
- M'en fous... te battre... refuser... hoqueta Victor.
- J'ai pas le choix, je t'en prie, crois-moi...
- Des humains... tu tues... des humains ! Pas des chiens ! Pas des bêtes...
- Je sais, je sais, je... peux rien faire, tu m'entends ? Et ces gens... ont l'air si heureux...
Victor sanglotait bruyamment. De son nez coulait de la morve mélangée à du sang. Sa respiration était douloureuse et lui brûlait la gorge.
- J'ai essayé, mon vieux, de les convaincre, je te promets... J'ai dit que c'était pas bien... Ils sont convaincus que c'est bien...
Nouveaux sanglots.
- Je... voudrais qu'ils ne soient pas si obtus, si bêtes les uns les autres... J'ai vu une dame venir avec un bébé sous les bras... Je lui ai dit : "C'est pour vous seulement ?" Et elle m'a répondu que non. Alors, j'ai cru que c'était pour eux deux... Et elle a répondu que c'était que pour le bébé... Qu'elle voulait le voir au Paradis...
Victor se retourna vers son ami, incrédule.
- Un autre type est arrivé avec un vieillard en chaise roulante. "Il sert plus à rien. On va donner une part de ses biens, p'is on gardera le reste." Il y croyait tellement, que c'était bien, qu'il a oublié de se dire que ce n'était bien que pour lui...
- Tais-toi...
- Une gamine est venue. Une petite fille de douze ans à peine...
Albert commença à verser des larmes à son tour. Il retira ses lunettes, et appuya sa main sur son visage.
- Elle... elle voulait aider les gens. Je lui ai dit... demandé : "Ta maman le sait que tu veux faire ça ?" Elle m'a dit que non, que sa maman voulait pas. "Mais un adulte m'a expliqué que c'était ça qu'il fallait, que les gens devaient, qu'on devait le faire. Que c'était pour aider et pour le bien de tous."
- La ferme !
- Elle... elle était adorable. Mignonne, sublime. Je... je l'ai laissée passer, Victor... Elle m'aurait pas écouté... Elle...
Victor se leva, gifla Albert, et s'enfuit.
Le médecin frotta sa joue, puis remit ses lunettes, fit quelques pas.
Mais il ne put continuer de marcher : il s'agenouilla violemment, se cognant le genou au bord du trottoir, et pleura. Pleura comme il n'avait jamais pleuré.
C'est ça, pour moi, la vraie Apocalypse : c'est le profit de l'être humain. C'est mentir à l'être humain pour lui donner l'envie de mourir. C'est lui faire croire qu'un bien, moindre ou gigantesque, peu importe, peut naître du moindre malheur. C'est lui assurer par soi seul qu'une chose est vraie, c'est profiter de sa naïveté et de son désespoir. C'est profiter de sa peur de la mort. C'est faire brûler l'humanité, l'immoler, lui faire prendre feu comme un feu de pinèdes, lui faire perdre l'esprit, la détruire.
vendredi 18 janvier 2008
A la croisée des mondes
Ce livre a été écrit par Philip Pullman, un auteur britannique, qui, pour cette trilogie, a reçu de nombreux prix, et vu son oeuvre transposée au théâtre et au cinéma... à très juste titre.
Lyra, une jeune enfant vive et tétue, est entraînée dans une aventure grandiose et monumentale, qui, loin de lui faire simplement combattre des "méchants", la fera défier "Dieu" lui-même, les religieux et toutes autres sortes d'institutions croyantes.
Ce livre... est magnifique. Nul autre terme existe, sauf s'il s'avère plus mélioratif encore.
Loin de se contenter de présenter des scènes d'action, de rire, d'amour, etc... il joue sur un thème profond et complexe, et ose avancer des faits sensibles, tels que l'inexistence de toute divinité, qui ne serait qu'une Autorité, qu'un ange qui aurait usurpé un titre divin, faisant croire à tous qu'il était le Créateur, alors que lui-même n'est que le résultat de l'évolution.
Outre le caractère religieux, passionnant, fascinant et réellement génial, on approche également énormément de multiples critères humains et primordiaux.
Les humains du monde de Lyra voient leur âme dissociée d'eux-mêmes, qui sont alors des "daemons", des créatures zoomorphes, qui, avant l'adolescence, sont polymorphes également. Cette idée de discerner aussi concrètement l'âme du corps entraîne des réflexions véritablement profondes. De plus, l'on apprend que l'être humain serait composé de son corps, de cette âme, et d'une autre "substance", pour rester cartésien, qui serait l'essence qui se retrouverait dans le monde des morts.
Le point de l'adolescence, également, est crucial; il est l'époque des péchés pour les adultes fanatiques, et de la perte d'un daemon polymorphe pour tous; cette idée que notre âme reste définitivement constante alors après cette époque est, elle aussi, fort profonde. Les premières pulsions, les relents du désir, de l'amour, etc... naissent, et entraînent le péché pour les uns, le contraire pour des gens plus libéraux, moins fanatiques.
La science a également une place primordiale. Pullman ne se contente pas d'inventer une histoire, il se base sur des connaissances véridiques, utilisant le terme de "Poussière" pour désigner la matière d'ombre, jouant sur l'attraction de la matière à la matière, sur des phénomènes météorologiques, physiques, chimiques, géologiques, etc...
Toute son oeuvre est si merveilleusement fournie sur ce point qu'elle en devient pleinement plausible; il joue tellement bien le rôle du crédible que l'on pourrait le croire -et c'est bien là la preuve d'un talent sans égal.
Et la fin... ah ! Seigneur, la fin ! Je crois n'avoir jamais désiré autant pouvoir moi-même choisir la fin d'une oeuvre, et hué, spolié et critiqué un tel résultat; mais mon engouement, dépréciatif, certainement, n'en demeurait pas moins admiratif et passioné, car qui mieux qu'un excellent auteur sait nous faire ressentir les choses les plus fortes et graves, même lorsqu'elles entraînent en nous de la colère, de la haine ? Si un écrivain sait se faire haïr de son lecteur, alors il a néanmoins réussi brillamment; et je le sais bien, c'est pourquoi je suis désormais un grand adorateur et admirateur de Philip Pullman. A tout jamais. Je vais très bientôt me procurer le plus prestement la collection complète de ses oeuvres relatives à la Croisée des mondes...
Si je devais le noter ? Je ne le ferais pas; c'est à l'auteur même de noter ses lecteurs quand il atteint un tel niveau; c'est à lui de voir si le lecteur a compris les sens et les complexes qui naissent de ses écrits.
J'ai encore aujourd'hui un poids affreux qui me pèse. Certains glands pourront me trouver fou ou exagératif de ressentir avec une telle vigueur la lecture d'un bouquin, mais je les emmerde. J'ai été monstrueusement marqué, et je le resterai longtemps.
jeudi 17 janvier 2008
Vermutt van Bitovenn
Il me faut initier, aujourd'hui, enfin, tous ceux qui ne connaissent pas la Vérité... En effet, le seul vrai Dieu qui existât jamais fut, est et sera toujours Seth.
Ne vous méprenez pas, je ne parle de ce pseudo-animal Egyptien dont le ventre gargouillait à la vue d'un cadavre; je parle du seul vrai dieu, celui qui nous a faits, nous a créés, et décide pour nous, qui fait ce que nous sommes : des vers de vase. Et accessoirement des Hommes.
C'est pourquoi je vous présente la première partie de sa Bible : "Vermutt van Bitovenn n'aime pas les parcmètres"...
"Vermut van Bitovenn était un homme bien.
Tous les jours, en allant travailler à la Hongeoise Assurance, une assurance Tchekoslovaque gérée par un cabinet d'audite néo punk Vietnamien, Vermut van Bitovenn n'oubliait pas de piétinner la paillasse en peaux de carton de Gérard, mendiant omnipotent et potentiellement paternaliste qui logeait le long de la rue Blier (erzat de la sous-mission nazie durant la guerre de cessession consultative entre l'internationale des humbergers et Saglisse SARL, une fabrique de vibromasseur).
Mais un jour, au moment ou passait le bus Numéro 18, en direction de la rue de Grabbat (celle de l'hospice des trois fromages) et en provenance de l'avenue du Général Sarkozy, Vermut van Bitovenn, se mangeat un parcmètre de la compagnie Vincy Aménagement a La Con (VALC), et creva net sur la dalle bétonnée qui ne tarda pas à prendre la délicate teinte rouge du sang de veau puisé dans les veines des coureurs cyclistes.
la morale de cette histoire: les parcmètres aiment bien Gérard le clodo."
Vive Seth !
mercredi 16 janvier 2008
Citation de ce grand, merveilleux et hélas feu Voltaire
"Je suis contre ce que vous dites, mais je me battrai toute ma vie pour que vous puissiez le dire."
lundi 14 janvier 2008
Haine 1







jeudi 10 janvier 2008
Retour
Bon, allez, 'faut bien qu'on revienne, hein...
Allez, bonne année tout le monde !
Et merci Faust d'être passé, et de m'avoir un peu stimulé !
Bon, je devrais ramener quelques textes d'ici quelques jours, normalement...