vendredi 28 mars 2008
Autre texte pour un concours
Thème : l'éloge de l'autre.
« Je est un autre » (l'ami R.)
Contemplez le poëte à l'imperméable noir de charognard. Contemplez sa chevelure longue, et lisse, et grise, comme celle d'un chat de roi. Contemplez le poëte magnifique au visage de marbre antique, dont l'expression pensive et austère est figée pour les siècles à venir. Contemplez encore ces cheveux courts et cette face malade, rongée par quelque anémie et par la syphilis.
Mais ne vous y laissez pas prendre. Certes, j'ai l'air sévère d'un penseur nocturne, l'air du hibou aux étranges yeux rouges ; mais savez-vous ce que je pense ? Non, vous ne savez que ce que vous voyez : le poëte contemplatif, le poëte au cigare, le poëte aux gravures, etc. Avez-vous au moins remarqué mon papillon ?
Mon beau papillon, prisonnier dans mon col blanc, cage à carreaux, que je ne laisse s'envoler que lorsque je suis seul, absolument seul. Je défais alors le noeud qui le retient et des plumes lui poussent sur le corps, une tête et des ailes légères surgissent de mon gros imperméable qu'on dirait taillé dans une robe de bure, et l'oiseau, simplement, s'envole.
Et moi, je reste là, triste, et je pense à lui, qui est libre de voyager à travers le ciel, la mer, le jour, les étoiles, et tout l'univers ; et moi, je reste là, triste sur terre, je ne peux que vous observer, prisonnier d'un monde de bure, mais personne ne me laisse m'en aller ; je suis figé pour vous sur l'image, sans mouvements, alors que mon bel oiseau tournoie dans les airs, plonge dans les océans, ramasse des étoiles et cueille le jour. Moi, peintre du corbillard, devant tant de beautés je soupire ; je me console en me livrant aux femmes, aux vampires, aux vins, aux paradis, aux plaisirs éphémères et illusoires, je tente de libérer mon esprit de mon corps et de rattraper mon oiseau, pour voler avec lui – mais en vain.
« La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres. » (Mallami)
Quand, enfin, jaloux, je le rappelle à moi, il se plie docilement entre mes doigts. Je l'enroule et épingle mon papillon dans mon col et je referme mon monde dessus. Je m'assois alors, et glisse une main napoléonienne sur mon ventre – j'ai peur qu'il s'enfuie sans moi. Je prends la pose, le regard sévère, un peu perdu, un peu rêveur.
Contemplez le poëte à l'imperméable noir de charognard, lui vous regarde de par les siècles derrière le cadre. Contemplez le poëte cerné et malade, son oeuvre fantastique vous poursuivra jusqu'à votre mort. Contemplez, enfin, une dernière fois, Baudelaire, poëte oiseau.
« On ne se consacre pas à la poésie ; on s'y sacrifie. » (Coqueau)
mercredi 26 mars 2008
Jour faste
Mon Dieu, quel jour sommes-nous ? Le 25 mars ? Je viens à peine de me réveiller, pardonnez ma... difficulté à formuler des phrases correctes et des propos cohérents. Diantre ! Quel jour étions-nous hier ? Le 24 mars ! Le 24 mars, le 24 mars... L'anniversaire à John ! Mon Dieu (encore lui), j'ai oublié... Mais vieux motard que j'aimais ! Euh, mieux vaut tard que jamais...
Cher John, je te souhaite un très joyeux anniversaire - enfin, j'espère que tu as eu, etc. - rempli de cadeaux, d'amour, d'amitié (je devrais me taire, non ?) et de bonheur, avec ma plus grande sincérité (et mon plus grand retard),
Mytho
lundi 17 mars 2008
Chiasme allitéré
Note : ce poème est avant tout un exercice technique, qui vise à diminuer le nombre de syllabes de 12 à 10, 8, 6, 4 puis 2, pour revenir jusqu'à l'alexandrin enfin. Le sens et la fluidité peuvent donc en être altérés.
J'ai bien cru entrevoir l'affection des Hommes,
Mais c'était un devoir plus qu'une envie, en somme,
Qui les faisait agir de façon aussi tendre
-Si j'avais pu choisir, j'aurais voulu me pendre.
Pourquoi demander le moindre baiser ?
Ce serait futile et presque imbécile !
Eh, qu'on m'apprécie ! S'il le faut, je crie !
Mais qui veut m'entendre aller me pendre ?
Embrassez-moi, je vous supplie !
Toi, dans mes bras ! Quoi, qui je suis ?
Est-ce important ? En rien ! Enlace !
Quoi, pas le temps ? Bah ! Bah ! qu'il passe !
Qu'ai-je fait pour n'avoir
Droit à rien en amour ?
On m'aimait, faut-il croire;
Or, les liens restent sourds.
Je veux des gens,
Baisers, câlins;
Ce voeu, pourtant,
N'est né de rien !
Un être
Sait être
Bien bon...
Eh, non ?
Ca va bien mieux,
Je fus nommé,
Et ça, crois-le,
Parut toucher !
Car le nom est aux Hommes
Tout leur être et leurs sens !
Un seul son, et s'assomme
Qui peut naître et qui pense !
En m'appelant, on me parla;
C'est tellement, tant délicat,
Que j'en jouissai de réjouissance :
Heureux, je nais ! Quelle naissance !
Talents revenant, envies jaillissant,
Eructations d'un plaisir si bon,
D'une telle joie que tout mon émoi
Jubilait pour lui d'être aimé aussi !
Le bonheur me revint en état impeccable,
Car je pus voir, enfin, que j'étais bien capable
D'attirer les faveurs d'amis qui m'embrassaient
Par mon nom, en mon coeur, pour dire qu'ils m'aimaient.