dimanche 20 juillet 2008
Tudieu
Je marchais seul dans la rue. Cette soirée, aussi sombre
qu'habituellement, m'apparaissait aussi triste, également. J'étais
seul. Je me baladais dans une rue que je ne connaissais pas –j'allais,
simplement, sans même regarder les différents panneaux ou magasins
pourtant nombreux.
- Salut, mon chou. Tu vas bien ?
Je me retournai sur une plantureuse et gracieuse jeune femme, qui m'éblouit immédiatement.
- Ah ! dame, c'est bien à moi que vous vous adressez ?
- Ben… ouais…
- Quelle joie ! Qu'une enfant aussi pure et splendide que vous daigne
m'apostropher, vous n'imaginez pas quel bonheur cela engendre en moi !
J'ai un bien piètre visage, il m'est alors peu habituel de rencontrer
d'aussi fabuleuses damoiselles !
- Ah, vraiment ? fit-elle, écoutant à moitié, se tournant d'ailleurs vers une femme passant : Tiens, salut Sophie !
- Oh, oui ! répondis-je, ignorant son désintérêt. Mais vos douces
paroles, prononcée par une si douce voix, m'emplissent d'une sensation
de contentement incommensurable ! Il est bien évident qu'un minois tel
que le vôtre touche au cœur tout être, toute créature douée de
sentiments; mais vous ne savez pas à quel point la rose superbe que
vous êtes me plaît et m'émerveille !
- Mmh, mmh…
- D'ailleurs, sachez que des multiples corps qu'il me fut donné de voir
dans ma vie, vous appartenez aux plus beaux, aux plus parfaits ! Votre
visage est si grandiose qu'en un miroir, c'est une rose que vous y
verriez ! Vos courbes sont si incroyables : d'en fair le tour, on est
capable de faire durer ! Votre peau est plus tendre aux yeux que satin,
et plus délicat au toucher, j'en suis assuré, que porcelaine ! J'en
suis béat, j'en suis ému, tant vous m'apparaissez divine et monumentale
! Puis m'écriant fortement : Dame !
Elle sursauta, car elle avait cessé d'écouter.
- Hein ! Quoi ?
- Je vous en supplie, permettez que je vous baise !
Un silence légèrement froid et inquiétant s'installa, mais je me
rassérénai en voyant un sourire éclairer la délicieuse face de mon
ange.
- Bon, on y vient enfin… Tu mets le temps, toi, pour demander ces trucs
! Jamais rencontré un client comme toi… J'ai pas compris grand-chose à
ce que t'as causé, au fait. Mais bon, c'est cinquante euros pour un
passage sous les draps, et cent pour la totale. Tu montes ?
- Je… je… pardon ?
Je ne compris pas vraiment ce qu'elle venait de me raconter.
- Ben quoi, mon chou, t'as pas les moyens ?
- S… si, mais… de quoi parliez-vous, à l'instant ?
- Ben c'était bien de baise, que tu parlais, nan ?
- Euh… certes, belle, mais… je parlais de votre main, moi…
- Ah. Ah, OK !
D'un seul coup, elle saisit le sens de mon long monologue, et se tourna, surprise, vers sa collègue. Puis, revenant vers moi :
- Ca fera cinq euros.
Miroiter
Je viens de me lever, et j'ai vu ma mère –enfin, c'est ce qu'elle me dit.
C'est vrai que c'est la première fois que j'écris dans une sorte de
journal intime –enfin, je crois… Je m'explique : je souffre d'une
rétropathie nocturne, un trouble cérébral –et sûrement psychologique
d'après certains médecins, du moins c'est ce que j'ai lu dans les
résultats qui sont affichés ostensiblement dans ma chambre, sûrement
pour les repérer chaque fois que je me réveille- qui cause un oubli
complet du passé. Complet, je ne me souviens d'absolument rien. Tout
cela arrive dès que je dors.
Attention, je sais encore parler, écrire, etc... ce sont des
notions, cela ne relève pas uniquement de la mémoire, je crois. C'est
en tout cas obligatoire, puisque j'en suis encore capable. Et j'ai
aussi une impression de déjà-vu lorsque je revois ma maladie placardée
dans ma chambre, ou quand quelqu'un m'en reparle, c'est aussi qu'il y a
quelque chose d'autre que mémoriel là-dedans.
Pour faire court, dès que je vais dormir, j'oublie absolument
tout. Je sais pas vraiment comment ça marche, mais si j'ai bien compris
en relisant, le sommeil serait à l'origine d'un dérèglement de mon
cerveau, car il tenterait de revenir en arrière, de récupérer la
mémoire quotidienne pour créer des rêves. Or, cette action lui ferait
consommer trop d'énergie, ou je ne sais quoi, et il effacerait alors
les souvenirs de la veille. Et je ne rêve pas, donc.
Ce handicap m'empêche d'avoir un travail. Ma mère vient me visiter
quotidiennement –c'est ce qu'elle dit, et vu qu'il y a encore une sorte
d'habitude dès que je la vois, de reconnaissance, je pense que c'est
elle-, et elle me rappelle alors pas mal de choses là-dedans.
Je vis seul, parce que je ne pourrais pas supporter de vivre avec quelqu'un d'autre, vu ce que quelqu'un ne me supporterait pas.
Ma mère m'a conseillé d'écrire une sorte de journal dans lequel
j'enregistrerais toutes les informations sur cette maladie, pour avoir
accès à tout, et me rappeler le tout facilement et rapidement. J'en
profiterai pour me parler, puisque je suis tout seul.
[…]
(ici, on trouve de très nombreuses données médicales et purement scientifiques)
[…]
Mon frère est venu avec mon père, aujourd'hui. Ils avaient l'air
assez joyeux. Mon frère m'a dit quelque chose d'important : il va se
marier. Mon père était très content pour lui. J'ai demandé avec qui il
le ferait, il m'a répondu que c'était une certaine Susie. Et il paraît
même que je la connaissais, et qu'on était très proches. C'est dommage
que j'aie oublié tout ça, il paraît que l'amour est un sentiment
merveilleux. Mais d'ailleurs, est-ce que ça s'oublie, un tel sentiment?
[…]
Je me suis réveillé et j'ai relu ce journal. J'y ai tout de suite
cru, parce que je n'ai pas fait de rêve cette nuit, et surtout parce
que j'ai l'impression que c'est vrai.
C'est amusant ces sensations –enfin, amusant… étrange? Toujours est-il
que ça n'arrive pas souvent. Ma maladie est extrêmement rare.
Je sais ce que ça fait de n'avoir aucun souvenir. C'est le meilleur moyen de n'avoir aucun avenir.
Et ne pas rêver, ça change aussi la vie des gens? Est-ce que mes
sommeils vides sont aussi à l'origine de quelque chose de différent,
chez moi? Je crois que je suis plus fatigué que les autres, que je
manque cruellement d'imagination et de facétie. Mais quand on vit,
comme moi, avec une incapacité à se souvenir, que peut-on faire
d'autre?
Tout à l'heure, j'ai regardé un joli film. C'était très poétique.
D'un seul coup, j'ai eu envie de pleurer. Qu'est-ce qui m'a fait
ressentir tant de joie? Il y a quelque chose en moi, c'est sûr, qui
ignore la mémoire, ou, pire, qui l'a emmagasinée, ou a conservé des
instants primordiaux, faisant fi de mes problèmes cérébraux. Est-ce que
ce serait possible? Sûrement, pourquoi pleurerais-je, sinon? Je ressens
encore des choses. Je suis triste quand je vois certaines choses, je
suis heureux quand j'en vois d'autres, je m'en suis rendu compte
aujourd'hui. C'est donc que les souvenirs ne sont pas la seule chose
qui fait un Homme? Peut-être que je suis comme les autres, en fait…
[…]
Je viens de relire ce journal, et j'ai pleuré. Tout ce que j'ai lu
me fait comprendre que ça ne semblait pas trop me déranger, en fin de
compte, cette situation, mais si. Pourquoi, en la redécouvrant, sinon,
en ai-je souffert? Je suis tellement triste, j'ai peut-être aimé une
femme hier, couché avec une autre, tué quelqu'un, sauvé la vie d'un
autre, et je ne le sais pas, je ne m'en souviens pas.
Mais pourquoi ne rêvé-je pas? J'aimerais vivre ce que ces gens
racontent, cette capacité à voler, à jouir, à mourir à volonté. Car on
n'est jamais plus divin que dans nos songes. Mais je ne le serai
jamais. Je n'aurai jamais la chance de devenir quelqu'un de vraiment
heureux, puisque je ne peux pas découvrir ce dont j'ai envie –ce qui
est le rôle même de tout rêve, non? Je me demande ce que ça peut faire
–rien qu'un seul, même pas de scénario, juste quelque chose… On dit
aussi qu'on ne se souvient que de quelques uns, quelquefois, et
partiellement, même… Moi, je ne me suis jamais souvenu de quoi que ce
soit; et si j'avais déjà rêvé, mais que j'en avais oublié le contenu?
Peut-être que tout ça, je le fais chaque nuit, mais que c'est dès mon
réveil, seulement, que j'oublie tout? Peut-être que chacune de mes
nuits se compose de vols, de phantasmes, d'orgasmes, de meurtres, de
combats?
[…]
C'est dur de ne pas se souvenir. Si ça se trouve, hier, j'ai rencontré
beaucoup de monde? Peut-être que j'ai fait une fête, que j'étais trop
fatigué pour noter tout ça, et que, donc, je suis allé me coucher tout
de suite, oubliant du même coup tout ce qui avait composé la soirée?
[…]
J'en ai assez! Je n'en peux plus! Qu'est-ce que c'est, cette vie
qui m'empêche de me souvenir? Je ne peux partir de rien, et je ne peux
donc pas partir du tout! Je ne vis pas, je revis constamment,
quotidiennement! Soi-disant on ne meurt qu'une fois, autant que l'on
naît; je suis né autant que j'ai vécu de jours!
C'est insupportable! Je ressens un besoin tellement pressant d'écrire
tout cela, sur ce papier, sur ce journal! Qu'est-ce qui m'y force?
Quotidiennement, comme l'indiquent les dates au-dessus de chaque
nouveau récit, je me pousse à le faire, sans savoir pourquoi! Qu'y
a-t-il en moi qui m'incite à considérer ça comme nécessaire? J'oublie
même que je suis malade! Ce n'est qu'un rappel de le lire!
Ce journal, en fait, est un miroir sur moi-même… je me vois dedans, je
me retrouve. Je vois qui je suis. C'est pour ça que j'écris. Parce que
j'ai peur de m'oublier moi-même aussi.
Est-ce que ça arrive aux gens normaux aussi? Je ne sais pas… Mais
j'en ai assez de regarder un miroir. Ce n'est pas ce que je miroite; je
miroite un écran, pas un reflet. Je veux revoir, pas voir; je veux
retrouver, pas découvrir! Pourquoi dois-je continuellement faire face à
des inconnus, à l'inconnu? J'ai peur, j'ai tellement peur, puisque je
ne connais rien! Chaque matin, je me réveille dans une chambre qui
n'est pas la mienne, je me lave avec une brosse à dents qui n'est pas
la mienne, je mange dans une cuisine qui n'est pas la mienne! Je suis
un nouvel homme chaque jour, je renais, je ne suis plus le même! Je
veux pourtant être constant, un jour! Le même!
[…]
Ce soir j'écrirai juste que je ne veux pas écrire. Je vais me coucher
maintenant, parce que j'ai vécu, aujourd'hui, pour la première fois,
quelque chose qui m'empêchera de renaître continuellement.
J'ai rêvé! J'ai fait un rêve!
C'était du rouge, du rouge, tout simplement. Des vagues, un souffle, on dirait, faisait onduler sa surface.
Je ne sais pas ce que c'est, je ne sais pas ce que ça veut dire, mais c'est un rêve!
Je le sais, j'en suis sûr! J'en ai la certitude! Quelque chose
l'affirme en moi, ce n'est pas mon imagination –je n'en ai pas! Ni de
l'espoir torturé! C'est un rêve!
Je me suis réveillé, ce matin, avec cette image dans la tête. J'ai
été surpris, extrêmement surpris, ne sachant même pas pourquoi un rêve
me surprenait. Puis j'ai relu le journal, et j'ai compris ce qu'il y
avait de grandiose! J'ai rêvé, j'ai rêvé!
… et si demain j'oubliais ce songe? Et s'il ne me restait
qu'aujourd'hui?... Non, non ! Je l'ai écrit! Il est à moi, maintenant,
je ne peux plus le perdre!
J'ai rêvé! C'est un souvenir, c'est sûr, j'ai vécu quelque chose!
C'est obligé! Je ne sais pas quoi, je ne m'en souviens pas, mais j'ai
une bribe de mon passé!
Mais maintenant, pour la première fois de ma vie, je pense à l'avenir!
Car oui, maintenant que je peux commencer de quelque part auquel je me
raccrocherai, plus tard, je peux commencer tout simplement! Je veux
faire quelque chose, je veux devenir quelque chose, quelqu'un, même!
Qu'il m'arrive une aventure!
Je n'ai pas bien compris ce que j'ai écrit, hier, mais ça ne fait
rien. Ca doit avoir un rapport avec mon rêve, certainement, mais vu que
je n'ai pas beaucoup écrit –je me demande pourquoi, d'ailleurs-, je ne
peux pas savoir ce qu'il s'est passé, exactement, et d'où vient ce
rouge…
J'ai refait ce rêve!
Je me suis réveillé, et j'ai revu cette flaque rouge –oui, c'est
une flaque rouge, je ne sais pas de quoi, mais j'en suis sûr! J'ai
vaincu ma maladie! Partiellement –TRES partiellement, mais j'ai réussi
à avoir un souvenir qui reste! Et ça me restera toute ma vie, j'en suis
sûr!
J'ai relu ce journal en me levant, et je me suis vraiment réjoui.
Tout va bien, tout va bien! Hier, j'ai enfin entrevu ce que c'était de
pouvoir se rappeler de quelque chose d'ancien, même relativement; en
tout cas, plus ancien que d'habitude!
J'ai encore refait ce rêve.
Cette fois, on voyait mon visage dans le reflet de cette flaque
rouge. C'était bien liquide, c'est sûr, vu que, comme un miroir, je m'y
voyais. Et les vagues, c'est quelque chose qui coule qui les cause. Je
ne sais pas quoi, mais peut-être qu'encore plus de rouge tombe dans
cette flaque.
Je ne sais toujours pas ce que c'est, par contre! Peut-être que cela me
reviendra? Peut-être que je m'en souviens, en vrai, mais que je suis si
peu habitué à me remémorer que cela me prendra du temps?... et bien
j'attendrai! J'attendrai, et je saurai!
La police m'a appelé il y a dix minutes. Ils m'ont dit que mon
frère est mort. Et là, j'ai su tout de suite que la mémoire n'était pas
la seule dans l'amour qu'on porte à quelqu'un, parce que j'ai pleuré.
Je ne me souviens pas de notre vie, de notre relation, pas même de son
visage, et pourtant je l'aimais. Je l'aime et il est mort.
Je suis dans le commissariat. J'ai expliqué mon problème aux
policiers, ils m'ont cru et ont accepté que je rédige régulièrement ici
pour me souvenir de ce qu'il se passe. En fait, le problème, c'est que
c'est sûrement un meurtre –c'est quelqu'un qui a tué mon frère. Mais je
ne peux même pas l'aider, trouver le tueur, vu que je ne connais
personne.
Si, il y a Susie! J'ai relu le journal, j'ai parlé d'elle, à un moment! Je peux leur parler d'elle!
En fait, la femme de mon frère est déjà mise à l'écart, elle n'est
pas du tout coupable, m'ont dit les policiers. Ils m'ont posé plein de
questions sur ce que j'avais fait, ce jour-là, mais je leur ai expliqué
que je ne pouvais pas me souvenir de quoi que ce fût, en leur prouvant
que j'étais vraiment malade avec quelques papiers. Ils m'ont cru, ils
étaient gentils, en vrai. Ils ont l'air d'avoir compris ce que je suis.
Je viens de me réveiller dans le commissariat. Au début, je n'ai
pas bien compris où j'étais, mais vu que j'oublie tous les jours, ce ne
devait pas vraiment être différent de d'habitude. Mais j'ai tout bien
relu! Et j'ai encore pleuré, en découvrant, de nouveau, la mort de mon
frère. Et j'ai encore fait ce rêve, mais il n'a pas changé depuis hier.
J'espère que la police a retrouvé quelque chose.
Ils m'accusent! Ils disent que c'est moi l'ai tué! Ils n'ont
retrouvé aucune preuve contre moi, il n'y a aucune trace d'effraction
ou d'empreintes, mais ils sont sûrs que c'est moi! J'ai aimé Susie, il
paraît, un jour –mais je ne sais même plus qui c'est, à part que
c'était la femme de mon frère! Comment aurais-je pu en vouloir à mon
frère? Je ne peux pas l'avoir tué!
Et si j'étais bien le meurtrier? Je doute, d'un seul coup, c'est
affreux… Je ne sais pas, je ne sais pas! Ah, ne pas se souvenir empêche
aussi de savoir, c'est monstrueux! Je l'ai peut-être tué! Mais pas pour
Susie, vu que je l'ai oubliée! Alors pour quelle raison l'aurais-je
fait?
Mais j'ai pleuré quand j'ai appris que mon frère est mort… par amour! Et pourtant, lui aussi, je l'oublie tous les jours…
J'ai peur, j'ai tellement peur de ne pas savoir qui je peux être,
et donc ce que je fais… Pourquoi est-ce que je dois vivre ça ? Pourquoi
est-ce que dois supporter ce fardeau d'ignorer mes agissements ?
Ca concorde parfaitement. J'ai peu écrit le jour de la mort de mon
frère, le jour même. On peut facilement faire le rapprochement. Un tel
hasard serait étrange, voire impossible…
J'ai laissé la police lire le journal, j'étais trop triste pour
les en empêcher. Ils sont d'accord avec moi : logiquement, on peut tout
de suite m'accuser.
J'ai tué mon frère. Pourquoi? Parce que j'aimais Susie? Par jalousie, alors?... Peut-être, je ne sais pas, je ne sais plus…
Je crois que je viens de comprendre pourquoi j'ai tué mon frère.
Parce que je savais que je ne me souviendrais pas de ce meurtre. Que
j'oublierais, que ce serait comme si je n'avais rien fait. Et que donc
tout irait bien quand même. Mais, aussi, je vivrais, chaque jour, la
mort de mon frère, de nouveau et je vivrai donc quelque chose. C'est ça
qui m'a fait le tuer.
C'est moi dans la flaque rouge. Et ce rouge, ce n'est que du sang.
Le sang de mon frère. J'ai tué mon frère, et je m'en souviens.
Mon seul souvenir sera mon fratricide.
Départ - Far West
Bon, moi j'vais en vacances, donc pour vous faire patienter je vous mets quelques textes n'ici !
C'est des nouvelles qu'on m'a demandées pour des p'tits concours, de nouveau...
- Personne ne bouge, m'sieurs-dames.
Le brigand s'était avancé, de façon assez étourdie, semblait-il, et
divaguait presque. En effet, il avait ingurgité, avec ses deux
complices, de larges quantités d'alcool fort, qui les avait incités à
renflouer leurs fonds financiers; le meilleur moyen était de poliment
demander une pièce ou deux à quelques riches bourgeois voyageant dans
la première classe de ce train. Bien entendu, comme il est reconnu que
les mendiants sont méprisés, il faudrait pousser le "client" à accepter
la demande plus que légitime de ces pauvres hères… avec quelques armes.
Il était aisé de s'en fournir. Dans ce décor désertique,
sablonneux et brûlant, les "cowboys", ou tout simplement les hommes
"virils" de l'époque, ne se baladaient jamais sans un six coups sur
eux. Il était impossible pour eux de s'imaginer sortir sans son
pistolet, alors qu'oublier sa tête leur apparaissait comme plus
plausible davantage.
- J'veux pas vous faire mal, m'dame… fit le plus petit à une très
belle femme, effrayée par ces gens armés, et peu rassurée par leur état
d'ébriété qui pourrait leur faire perdre leurs capacités de réflexion,
et donc la maîtrise de leur arme.
- T'inquiète, nabot, répondit sa voisine de siège, j'ai vu plus inquiétant qu'un gros barbu trapu.
L'homme qui les menaçait sembla perdre de sa "superbe", jouée avec
talent malgré son alcoolémie. Il se tourna vers ses deux frères, qui
jouaient à forcer une autre damoiselle –splendide, bien qu'un peu
forte- à lever, très progressivement, la soie qui couvrait ses jambes
fines et délicieusement féminines.
- Eh, Gary, y a la dame, là, qui dit que j'y fais pas peur… C'est pas vrai, dis ? Dis-moi qu'j'fais peur !
- Rien que ta tête elle fait peur, Jake, répondit le grassouillet
du trio sans même détourner son regard de la nouvelle levée
affreusement embarrassante pour la jeune fille.
Revenant vers la voisine qui l'avait apostrophé et insulté, il la regarda avec une fierté perdue dans un œil torve.
- Ha ! Gary il a dit que je faisais peur ! Tu t'as trompé !
- Je suis d'accord avec ton frère : t'as vraiment une gueule à rendre cardiaque un zombie.
- Ouais, Gary il est super futé pour comprendre les gens, pas vrai Gary ?
L'intéressé –très intéressé, d'ailleurs, à l'heure actuelle- marmonna simplement pour lui répondre; cela suffit à Jake.
L'effrontée, comme on pourrait l'appeler, parce qu'elle se
permettait d'injurier aisément quelqu'un qui était prêt à lui tirer
dessus s'il considérait que les trois clones se superposaient trop –en
gros, s'il récupérait de son attitude saoule-, était assez grasse, sans
pour autant écraser son siège sous son poids. Son visage, peu avenant
et attirant, avait cette pinçure qui donne le sentiment, dès la
première rencontre, qu'on ne pourrait s'entendre avec elle. Les yeux
grinçants et perçants, elle en faisait jaillir des foudres envers
n'importe qui pour n'importe quoi. Misanthrope, Judy était tout sauf
agréable avec les gens, et ces derniers le lui rendaient bien.
D'ailleurs, elle était contente d'être moche : les gens beaux méritent
d'être remerciés, car ils nous offrent un spectacle merveilleux
gratuitement, et ce, parfois, au fruit d'efforts importants de la part
de la belle personne; à l'inverse, on en veut par conséquent facilement
aux laiderons, car ils fonctionnent sur le plan de "je m'en fous de mon
corps, vu que je m'en fous de toi et donc de ce que tu peux en penser".
Judy était une fille consciemment contente d'elle. Bien qu'odieuse.
- Si lui il est futé, je peux dire que l'intelligence est pas génétique, parce que tu m'as tout l'air d'un con.
Faisant une moue triste, Jake se retourna de nouveau vers Gary;
mais il comprit, malgré ses facultés très légèrement atrophiées, qu'il
était trop "occupé" pour l'écouter. Néanmoins, il était triste, parce
que la dame s'était moquée de lui; Il lui tapota l'épaule, alors que la
culotte de la jeune fille était quasiment visible.
- Eh, Gary… la dame, là, elle m'a traité de con…
- Et encore, j'ai été gentille, j'aurais pu le traiter de lui-même. Ce qui aurait été vraiment méchant.
L'ambiance dans le train était tendue : d'un côté, les victimes qui
attendaient d'être dépossédées; de l'autre, les obsédés qui
patientaient de façon hypocritement choquée la levée du rideau féminin;
et enfin, ceux qui priaient pour que les manières peu convenables de
Judy ne portassent pas préjudice à l'humeur actuellement agréable et
donc relativement peu dangereuse des brigands.
Mais Gary ne se retourna même pas, alors que Norman, le dernier
des trois, bavait pleinement en espérant deviner la couleur des
sous-vêtements de la petite –jaune ? violette ? ou plutôt blanche,
c'est tellement plus joli…
- Garyyyy ! geignit Jake.
- Tu m'énerves, j'ai pas le temps, là !
- Mais… mais elle m'a traité de con…
- Ben descends-la, et lâche-moi, quoi !
- Mais… Mais Gary, je peux pas la tuer…
- Sûr, il est tellement fait qu'il serait capable de rater une
cible autant qu'un parkinsonien avec un lance-pierre, maugréa Judy.
- Mais cesse de faire ta chochotte, cracha l'aîné en attrapant le
col de Jake, énervé. Tu vas pas me dire que t'as peur de trouer une
vieille peau ?
- Dis donc, pauvre tache !
- Non, Gary, ce… C'est pas ça… C'est juste que tu m'as dit qu'on
avait pas besoin de charger nos armes parce qu'elles faisaient peur
même vides, alors… Je les ai pas chargées, moi…
Gary, désespéré par la bêtise ivrogne de son cadet, se gifla le front, attendant l'assaut…
… qui ne survint que d'un côté : la "vieille peau" avait répliqué à
cette insulte avec un coup de poing immense, qui arracha une dent
jaunie par le manque d'hygiène de la mâchoire de l'homme. Les deux
frères –l'un essuyant sa bave, l'autre craignant des représailles-
assistèrent alors sans comprendre à des fracas impressionnants… de la
part de cette femme qui s'acharnait monstrueusement sur un brigand
faible et désarmé
Il fallut les séparer, et on eut beaucoup de mal, car on eût dit
que le sang avait collé ces deux personnes tant Judy agrippait son
opposant –qui n'opposait pas beaucoup, d'ailleurs. En y parvenant, on
mit les menottes aux trois hommes, les donna au shérif à la gare
suivante, et félicita la dame.
- Sincèrement, très chère, fit le maire de la ville où s'était
arrêtée la plupart des voyageurs, admiratifs devant le courage dont
elle avait fait preuve durant l'attaque, je vous signifie tout mon
respect. J'ai entendu les récits de votre arrestation, et elle est
grandiose.
Souriant, il ajouta avec ironie, demeurant en réalité admiratif :
- Cependant, admettez que vous avez eu de la chance : ils auraient pu penser à charger leurs armes. Vous êtes très fortunée !
En entendant cela, Judy se tourna vers le vieillard avec un regard incrédule.
- Me dites pas qu'ils ont été assez débiles pour…
- Que dites-vous ?
-… je disais que j'étais pas au courant, moi. J'ai tapé parce qu'il le
méritait, mais je savais pas du tout que leurs armes étaient vides.
Puis, grognant par la foule qui s'amassait autour d'elle, elle
bouscula plusieurs personnes, et s'en alla en criant à l'adresse du
politicien :
- Si y a une récompense, je viendrai la chercher, hein, vous
inquiétez pas. Mais là j'ai à faire –pousse-toi, sale gosse !
hurla-t-elle à une petite fille qui gambadait devant elle alors qu'elle
passait avec fracas.
Il n'y eut aucune récompense; on ne revit jamais cette héroïne d'un jour.
vendredi 11 juillet 2008
Bon anniversaire, le blog !
Eh bien oui, ce très cher blogounet fête ses... ses trois ans, c'est bien ça ?
Avec près de 14000 visiteurs depuis, ben... ^^ j'suis content, puisqu'en vrai j'ai pu montrer ce que je voulais montrer.
J'ai suivi des déceptions, quand même, comme le départ de nombreux très talentueux -Fozak (qui est revenu mais n'a pas le temps d'écrire), Vaiana...-, et donc ben... après tout, il ne reste plus que moi et Mytho Man, si je puis dire !
Et avec ça j'ai encore oublié de demander aux différents membres s'ils voulaient continuer à en faire partie... -_- bon bah, j'y penserai, j'espère ! ^^"
Voilà, sincèrement, j'espère pouvoir écrire encore cent ans, si possible ! Vivre jusqu'à 118 ans avec tous mes moyens mentaux, ça serait agréable, quand même, même si ça me déplairait pas non plus de crever à 50 ans pour ne pas risquer d'être gâteux, et pour faire partie de ceux qui "partent les premiers", et donc sont "les meilleurs"...
vendredi 4 juillet 2008
Le quasi-noyé
Une nouvelle petite fable, écrite depuis longtemps, que je recopie que maintenant.
Trois hommes discutaient, marchand au bord d'un fleuve.
La veille, il avait plu : il fut un fort courant.
Un enfant regardait son bateau -qu'il s'émeuve
Pour ce jeu, s'il en fût, s'avère attendrissant.
Il se pencha, tomba, et cria au secours
-La chance avait offert la vie sauve au garçon :
Icelui s'accrocha à un branchage court.
L'un des hommes -expert car plus vieux- dit d'un ton
Rude et strict : "Qu'il en meure ! On n'aurait pas idée
De sauver un fripon tel que ce gamin sot !
Qu'on plaigne ses parents plus même que l'enfant !"
Le second ne s'écoeure en entendant pleurer;
Il ajoute : "Dis donc, il me semble plutôt
Qu'on devrait lui apprendre à être plus prudent
Puis le sauver enfin, afin qu'il le comprenne !"
Il croyait être tendre, il n'était que patient.
Le troisième prit soin de ne montrer sa haine
Envers les deux amis; il court, sauve l'enfant,
Et le remet à terre. Il ajoute pour eux :
"Voyez s'il a appris, vous pouvez, maintenant !
Or, à quoi bon le faire avec un enfant feu ?
Vous pouvez enseigner, faites donc la morale !
Faire bénéficier de sagesse n'est mal;
Mais avant d'éduquer, gardez l'élève en vie;
Car le dégénéré, c'est celui qui périt."