L'archer poète

Nous regroupons en ce lieu les différents textes de différents auteurs, exprimant différentes émotions et en faisant ressentir différentes sortes.

lundi 8 octobre 2007

Pluie du Ciel

C'est l'histoire d'un fils et d'un père.

Le fils avait raté son train, et le père, qui avait du temps, accepta de l'amener à sa prépa littéraire. Ils prirent la voiture.

Le fils monta à l'avant, à côté du père. Le père se mit au volant, et se mit à conduire.

Le fils ouvrit son sac, et regarda s'il n'avait pas oublié de faire quelques devoirs. Le père le regarda faire à moitié, faisant attention à la route.

Le fils se rendit compte discrètement, pour ne pas que son père s'en aperçoive, qu'il avait oublié de faire la fin d'un exposé à rendre le jour même. Le père n'en sut rien, et continua de conduire.

Il restait à peu près dix minutes de trajet, et ils étaient sur l'autoroute. Par chance, l'embouteillage qui avait commencé quelques kilomètres plus tôt se terminait enfin. Le père demanda au fils s'il allait bien.

Puis, d'un seul coup, le fils se retint de fondre en larmes. Il lui répondit donc que ça allait bien d'une voix maussade, comme il en avait l'habitude. Le père n'en demanda pas plus, sachant bien que ce n'était pas entièrement vrai.

S'il avait pleuré, le fils aurait avoué beaucoup de choses au père. Le père, attristé de voir le fils ainsi, se serait arrêté sur une petite aire tranquille, qui, à cette heure-ci, était vide. Le fils aurait commencé par dire qu'il était perdu, et qu'être adolescent n'était pas la seule raison au désespoir qu'il ressentait, ce qui n'était qu'en partie vrai. Le père aurait demandé à en savoir plus, et le fils, pleurant de plus belle, aurait tout déclaré.

Le père amena le fils à son université à l'heure. Le fils descendit de la voiture, récupéra son sac, et dit au revoir au père, qui en fit autant. Le père repartit en direction de la maison, le temps de récupérer quelques trucs qu'il n'avait pas pris le temps de prendre, voulant inconsciemment aider son fils le plus vite possible, car il aimait le voir, rien que le voir. Le fils se maudit de n'avoir pas parlé pendant tout le voyage, et alla en cours, souriant auprès de ses amis, comme toujours, alors qu'il se sentait tout sauf bien.

S'il avait pleuré, ils auraient passé plusieurs heures sur l'aire d'autoroute. Le père, voyant que le fils commençait à ne plus pleurer, aurait voulu le dérider et aurait raconté plusieurs plaisanteries –au demeurant, très amusantes. Le fils aurait beaucoup ri. Le père aurait été appelé par son cabinet d'avocat, sur son portable, à cause de son retard. Le fils l'aurait regardé, sans le vouloir, avec un visage implorant, et le père aurait simplement répondu qu'il ne pouvait pas venir aujourd'hui. Quand son collègue aurait voulu savoir pourquoi, le père aurait dit que c'était parce qu'il avait bien plus important à faire, ce qui aurait ému le fils et qui l'aurait refait pleurer. Le collègue, pressant, lui aurait demandé s'il y avait plus important que trois dossiers en retard, deux nouveaux cas à gérer et la surcharge de travail qui serait plus forte s'il ne venait pas; le père aurait répliqué que oui, et raccroché.

Le fils passa une journée banale dans un amphithéâtre. Il alla manger avec quelques amis, silencieux, sans se soucier de ce qu'ils racontaient. Il riait quand il voyait les autres rires, sans se rendre compte qu'il n'avait pas même entendu la blague. Les autres ne remarquèrent même pas qu'il allait mal; et ceux qui le virent ne dirent rien, de cette inquiétude futile et tellement basse mais, malheureusement, normale, qui intime aux gens de s'occuper de ce qui les regarde, alors que, même si le fils aurait insulté le premier qui se serait occupé de lui, il aurait ressenti un gigantesque sentiment de bonté pour la personne, et celle-ci serait restée un ami très proche. Le père alla à son cabinet, salua ses deux collègues, et entra dans son bureau. Il reçut quinze personnes dans la journée, qui avaient tous des problèmes imbéciles et indéfendables devant une Cour comme devant une communauté.

S'il avait pleuré, ils auraient passé la journée ensemble. Le père aurait pris son fils dans ses bras, qui aurait pleuré encore plus fort de ce contact qui l'apeurait tellement mais qu'il désirait si ardemment. Ils seraient allés manger dans un McDo, ce qui leur aurait suffi, et auraient continué de discuter et de plaisanter. Ils seraient rentrés le soir, tous les deux, souriants. La mère du fils aurait demandé où ils étaient allés, l'un n'ayant pas été vu à l'école, l'autre ayant été absent du cabinet; le père aurait promis de ne rien raconter à sa femme, et tous deux auraient gardé le secret. Elle aurait crié, mais le père aurait défendu le fils, ce qui aurait énervé sa femme, qui serait partie chez une amie, énervée. Le père et le fils en auraient profité pour passer la soirée ensemble.

Le fils rentra fatigué, salua sa mère et partit simplement travailler. Le père rentra exténué, embrassa sa femme et s'assit sur un fauteuil jusqu'au repas, discutant de la journée.

S'il avait pleuré, ils auraient tous les deux regardé un film. A la fin, le fils aurait pleuré –parce qu'ils passaient un film très triste- et le père l'aurait pris dans ses bras. Ils seraient allés se coucher en même temps, et le fils se serait endormi tranquillement, sans se soucier du travail important qu'il n'aurait pas rendu.

Pendant vingt ans, ils continuèrent à avoir une relation simple, parfois froide parfois amicale, mais sans plus. Le fils ne pleura plus que seul, le père n'eut jamais l'occasion de le voir faire.
Au bout de vingt ans, le père mourut. Le fils pleura, et s'en voulut à mort. Il cria sur sa femme, qui voulait le réconforter quand il voulait mourir de ne lui avoir jamais parlé, de ne lui avoir jamais avoué l'admiration qu'il lui vouait, l'amour qu'il voulait lui offrir. Sa femme pleura, le fils aussi, et le fils partit dormir à l'hôtel.
Le lendemain, la femme apprit le suicide du fils.

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Septième Ciel

C'est l'histoire d'un garçon et d'une fille.

La fille prenait le RER C partant de Paris Nord. Le garçon, lui, le prenait en route.

Le garçon attendait sur le quai, alors que la fille, elle, était déjà dans le train, ronronnant tranquillement dans cette journée plutôt joliment ensoleillée. Elle lisait. Le garçon écoutait de la musique.

La fille regarda dehors un instant, et vit le garçon. Elle le trouva beau, et, lorsqu'il fut rentré, elle retourna à son livre. Le garçon voulut monter en haut, là où était déjà assise la fille.

Puis, d'un seul coup, il vit une autre jolie adolescente en bas. Il alla donc se mettre en face d'elle, parce qu'il aimait les belles femmes.

S'il était monté, il aurait vu la fille. Plus que belle, il l'aurait trouvé sublime. La fille, gênée d'être regardée de façon si insistante, mais touchée quand même, serait descendue un ou deux arrêts plus tôt, parce qu'elle était timide. Le garçon, lui, l'aurait suivie. La fille ne l'aurait pas vu, et se serait juste arrêtée à un café. Le garçon se serait assis en face d'elle et lui aurait payé sa limonade, lui prenant une bière.

Il descendit sept arrêts plus loin que la fille. La fille rentra chez elle et finit son livre, ce fut tout. Le garçon rentra chez lui, et fuma une cigarette sur le coin de sa fenêtre.

S'il était monté, ils se seraient retrouvés dans l'appartement de la fille. Ils auraient fait l'amour, et la fille aurait joui. Le garçon aurait joui aussi, mais il aurait continué quand même à la faire jouir après coup. Parce que ça lui aurait plu.

Dix ans plus tard, la fille épousa un riche éditeur. Il coucha avec elle le soir même, sans qu'elle ne prenne beaucoup de plaisir. Il était lourd, bruyant et odorant. Le garçon ne rencontrait que quelques filles avec qui il vivait des amours d'un soir. Il prenait son pied, les filles aussi, mais c'était pas ça.

S'il était monté, ils auraient fait l'amour tous les jours. Elle aurait toujours accepté, il aurait toujours voulu. Ils ne se seraient pas mariés, mais ils seraient restés ensemble jusqu'à la fin de leur vie. Ils auraient eu une petite fille, qu'ils auraient appelée Sarah, et ils l'auraient aimé tendrement. Elle se serait fait frapper par un mec, à ses seize ans, qu'elle aurait réussi à fuir juste avant qu'il ne l'eût violée, et ses parents et elle auraient vécu amoureusement et tendrement encore plus après cela, soudés par cette souffrance et cette peur de ce qui aurait pu arriver. Le garçon aurait été un père juste, la fille une mère tendre.

Le garçon n'eut jamais d'enfants, croyant n'en pas vouloir, alors qu'il n'avait en fait aucune femme pour en faire. La fille en eut trois, aucun désiré. Elle les aima de façon forcée, ayant une image déjà forgée de ce qu'est une mère, alors que les parents n'en sont de bons que quand ils sont fous de leurs enfants, et s'en occupa mal. Ses deux fils se retrouvèrent en prison, sa fille fut violée pour de bon, elle, car on ne lui avait pas appris à se méfier. En apprenant ça, l'éditeur riche finit par la quitter après quelques mois où elle la frappait souvent.

S'il était monté, ils auraient vieilli ensemble, leur fille les aurait visités souvent, elle serait devenu une chanteuse –une vraie, de celles qui s'engagent vraiment pour des causes, qui créent de la musique et des chansons et qui réfléchissent quant à leur avenir. Le garçon serait mort en premier, à cause de ses antécédents de fumeur, la fille l'aurait pleuré, mais aurait continué de vivre, parce que le garçon lui aurait appris à aimer la vie, à grandir et à continuer d'aimer la vie. Elle aurait obéi à sa sagesse jusqu'à sa mort. Leur fille aurait écrit une chanson pour eux, elle aurait eu énormément de succès.

Le garçon mourut devant ses parents, qui le pleurèrent. La fille mourut seule, il n'y eut que sa fille, son frère et trois ou quatre amies qui vinrent à son enterrement.

Posté par John Craft à 17:03 - Si c'était - Truc qui vous permet de nous faire connaître dans l'monde entier [#] - Adorez comme des fous ce message, mais montrez-le [5] - Rétroliens [0]
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L'âge ne change rien à la magnificence de ces textes; néanmoins, quand même, vous moquez pas de nous avec de telles preuves, c'est embarrassant...